Dès les premières notes, on ne s’y trompe pas : on a affaire à quelque chose de fort. L’intro tirée de Carmina Burana nous plonge dans l’univers du one-man-band, un univers occulte, mais à la jonction des traditions obscurantistes et celles plus chaotiques actuelles. Comme si aux forêts étaient préférés les terrains (dés)industrialisés où le béton règne, où les tags affichés sur les murs écroulés témoignent de la maigre présence humaine, celle plus misérable qui vient après celle prétendument glorieuse maintenant en ruine. Un album au doux parfum post-apocalyptique, une véritable bande-son où les titres se confondent, s’enchainent sans que l’on y prenne garde, presque un album instrumental tant la voix est inaudible, parasite grésillant ajoutant une profondeur tourmentée à une symphonie mélangeant les mélodies les plus sales et désespérées du black aux passages ambiants enfonçant encore plus l’auditeur dans les miasmes d’une humanité décrépite. Reincarnate résume à lui seul cette ambiance pesante et néfaste, mais néanmoins attirante. On y retourne volontiers, comme ces douleurs qui nous tiraillent mais qu’on ne peut s’empêcher de triturer par plaisir malsain, pour être sûr que ça fait bien mal. Il est dommage d’apprendre que cet album sera le premier et le dernier du groupe, manifestement trop d’énergie dépensée pour créer… peu importe il est peut-être mieux ainsi, afin d’éviter le nivellement par le bas d’un artiste s’auto-plagiant. Un album unique rappelant par moment le génial premier album de SPECTRAL LORE, l’atmosphère générale touchant parfois au sublime, permettant d’entrevoir une autre réalité, sans tomber dans le misérabilisme ou les clichés éculés propre au black de supermarché. MURMUÜRE est mort ? Vive MURMUÜRE !
NB : on boycottera la version CD puisque le label a totalement rippé l’artiste… l’écoute K7 ou vinyl se prête plus à l’écoute, on se perd plus aisément dans les titres et donc dans cette ambiance onirique.
2010 – Album K7 Cold Void Emanations / CD Paradigms Recording
2011 – Réédition LP Cold Void Emanations/Aurora Borealis Records
8/10
ambient
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LUNATIC SOUL
Dimanche, novembre 14th, 2010C’est toujours délicat de chronique un album étant à des galaxies de son style de prédilection. En l’occurrence, cet album de LUNATIC SOUL n’a rien à voir avec mes envies bestiales de son craspec, de hurleurs fous, dégueulant leur haine à la face d’auditeurs victimes. Rien de tout ça ici. Un simple coup d’oeil sur le label suffira l’amateur éclairé pour se faire une idée sur le genre. En effet KSCOPE est tenu par Steven Wilson , le leader de PORCUPINE TREE, pas vraiment reconnu pour sa musique ultra violente. Le groupe se définit comme un projet studio, menée par le vocaliste de RIVERSIDE (connais po) ayant pour thématique la mort. C’est pas très joyeux mais c’est pas non plus la morbidité qui règne tout au long du skeud. Sans transpirer la joie, l’album dégage plutôt une atmosphère de départ, paisible et onirique, donc les plus sensibles d’entre vous pourront se pencher dessus et ressentir l’ivresse du départ imminent. Ma réaction à la première écoute a été un rejet massif et en bloc de l’album. Qu’est-ce que c’est que ce bordel? Au calme, je me suis forcé à réécouter ce subtile mélange de sons électro, légers, et d’instruments acoustiques, mélange rapprochant harmonieusement les opposés, mais réussissant à merveille à donner de la légèreté au thème. Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est la production puissante, presque dans un esprit metal (notamment pour la batterie) puisqu’elle fait ressortir parfaitement les instruments à corde, la batterie, tout en ménageant un espace suffisant pour la voix… mais sans la pousser en avant. La voix de Mariusz, magnifique, toujours très douce et suave, est un véritable enchantement. Cet homme fait partie de cette catégorie de personne qui me fait enrager puisqu’il s’occupe en plus des guitares et des percus. Tout est emprunt de finesse et de subtilité, mais ça pourrait plaire à toute personne fan des musiques autres gravitant autour du metal et ayant nombre d’auditeur venant de ce genre brutal. Pour une fois le synthé me semble fort à propos, très bien utilisé (parcimonieusement) et intégré (en nappe). Parfois les plans atmosphériques m’ont rappelé les excellents débuts de MIKE OLDFIELD, toujours très aériens et légers. Deux titres m’ont particulièrement marqués, à savoir Out on a limb et The final truth, qui ont la carrure de devenir dans des tubes dans leur genre. Rien à voir avec le metal, mais ouvrez vos putains de shakra et laissez vous glisser dans un univers onirique tout en finesse et en émotions.
2008 – Album CD – Kscope
7/10

