C’est déstabilisant de commencer un album de metal sur des polyphonies corses. Surtout quand ça s’enchaine sur des riffs entrainants et un chant clair rock. Au début on pense à de la world music dopée par une production tout en finesse – trop fine peut-être, la guitare aurait eu plus de force, ça aurait été bien sympa, mais au moins on profite de la basse – mais au fur et à mesure s’affirme un groupe à la personnalité solide. GHOSTONE se définit comme un groupe de rock, assez d’accord, mais réducteur finalement, car les ambiances dégagées vont bien au-delà de ce qu’on appelle rock (surtout aujourd’hui). Du rock avec des racines metal, même si elles sont bien profondément enfouies, mais le riffing ne trompe pas, de même que les structures plus alambiquées que ceux des baise en l’air à mèche colorée. Ils savent balancer des mélodies imparables (l’alternance entre voix gueulardes et chant clair est absolument magique notamment dans Needles on my skin), et s’aventurent par moment sur des voies tordues, mais c’est aussi à ça qu’on reconnaît des vrais artistes, des mecs qui tentent des choses, et pour le coup difficile de trouver de la repompe ici. C’est original, c’est riche, des interludes sont insérées ici et là, ils ne sont pas indispensables mais toutefois ça pose l’ambiance (les plus courageux se taperont les textes posés dans un beau lay-out bordélique). Ça transpire pas la joie et la bonne humeur, c’est tant mieux, mais ça ne verse pas dans le rock dépressif, ouf merci, c’est tout à fait le genre de zique que je cherche, parfaite balance entre agressivité (merci pour le refrain de Government house) et mélodies entrainantes (Bad little boy). L’album est assez long avec des titres qui auraient pu sauter malgré leur qualité (Screaming monkeys par exemple), le problème en résultant étant l’envie de revenir sur le cœur de l’album (à peu près tous les titres cités positivement) pour délaisser le reste. Du rock pétri de metal, original, couillu et bien foutu, c’est bouillonnant de créativité, beaucoup d’idées dans cette galette, peut-être trop pour un seul album, mais vaut mieux ça que le contraire, donc profitons-en.
2012 – Album CD – M&O Office
7,5/10
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